Un financement de 600 000 euros, une équipe toulousaine reconnue et un ennemi précis : la résistance aux thérapies ciblées. Le cancer du poumon reste la première cause de mortalité par cancer dans le monde, et c’est justement sur ce point de bascule le moment où le traitement cesse de fonctionner que se concentre la nouvelle étude du Pr Julien Mazières. Loin d’une simple annonce de subvention, ce projet vise un problème très concret : pourquoi certains patients rechutent après des mois, parfois des années, de rémission apparente.
Un financement ciblé, un objectif précis
L’Institut national du cancer (INCa), associé à la Direction générale de l’offre de soins, a retenu ce projet dans le cadre de l’appel PRT-K 2025-2026, dédié à la recherche translationnelle en cancérologie. Concrètement, ce type de financement sert à faire le pont entre le laboratoire et le lit du patient : pas de recherche fondamentale déconnectée du soin, mais des travaux pensés pour déboucher rapidement sur une pratique clinique.
Le porteur du projet, Julien Mazières, cumule les casquettes : pneumologue oncologue au CHU de Toulouse, chercheur Inserm au Centre de recherche en cancérologie de Toulouse (CRCT), et coordinateur du réseau COALA, accrédité par l’INCa pour fédérer la recherche française sur le cancer du poumon. Ce n’est donc pas un coup d’essai isolé, mais la continuité d’un travail engagé depuis plusieurs années sur cette pathologie.
L’osimertinib, un traitement efficace mais pas infaillible

L’étude cible une population bien définie : les patients atteints d’un adénocarcinome pulmonaire porteur d’une mutation du gène EGFR, traités par osimertinib. Cette thérapie ciblée a changé la donne pour ce sous-groupe de cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC) depuis son arrivée en pratique clinique. Le problème, c’est que la maladie finit presque toujours par trouver une parade.
Certaines cellules tumorales développent des mécanismes de résistance et repartent à zéro, souvent avec un profil plus agressif. Jusqu’ici, la recherche s’est surtout penchée sur ce qui se passe *après* la rechute. L’équipe toulousaine veut inverser la logique et repérer les cellules résistantes avant qu’elles ne prennent le dessus, à partir de simples prélèvements sanguins.
Pourquoi cette approche change la donne
Traquer la résistance en amont, plutôt que la constater a posteriori, ouvre une fenêtre d’action inédite. Si les chercheurs parviennent à identifier des marqueurs précoces dans le sang, les oncologues pourraient ajuster un traitement avant l’apparition de symptômes cliniques de récidive. C’est toute la différence entre réagir et anticiper.
Pour résumer les grandes lignes du projet :
– Financement : environ 600 000 € (INCa + DGOS)
– Cadre : appel PRT-K 2025-2026
– Population étudiée : adénocarcinome pulmonaire, mutation EGFR
– Traitement concerné : osimertinib
– Méthode : prélèvements sanguins, suivi des cellules résistantes
– Porteur du projet : Pr Julien Mazières, CHU Toulouse / CRCT
Un enjeu de santé publique majeur
Les chiffres donnent la mesure du défi. En France, le cancer du poumon tue environ 40 000 personnes chaque année, dont 18 000 femmes — une proportion en hausse constante, liée à l’évolution des habitudes tabagiques depuis plusieurs décennies. À l’échelle mondiale, il demeure le cancer le plus meurtrier, tous sexes confondus.
Le CRCT ne travaille d’ailleurs pas en vase clos sur ce dossier. Deux équipes de recherche, SIGNATHER et NetB(IO)², collaborent avec le service d’oncologie thoracique du CHU pour affiner la compréhension des tumeurs pulmonaires, notamment via l’étude des populations de cellules immunitaires infiltrant les tumeurs. Cette approche transversale génétique, immunitaire, moléculaire reflète une tendance de fond dans l’oncologie actuelle : abandonner le traitement uniforme pour une médecine véritablement personnalisée.
Ce que cela change pour les patients, à terme
Rien de tout cela ne débouchera sur un nouveau protocole clinique dans les prochains mois. La recherche translationnelle suit un calendrier long, souvent de plusieurs années entre la publication des premiers résultats et leur traduction en recommandations. Mais la trajectoire est claire.
Si l’équipe toulousaine parvient à isoler des biomarqueurs fiables de résistance précoce, les patients sous osimertinib pourraient bénéficier d’un suivi biologique renforcé, capable de détecter un basculement avant la rechute radiologique. Pour une maladie où chaque mois de traitement efficace compte, ce type d’avancée pèse lourd, même si elle reste invisible du grand public pour l’instant.