Trois décennies après les coups de feu tirés dans une Cadillac blanche à Las Vegas, la justice américaine rouvre enfin le dossier Tupac Shakur. Le procès de Duane « Keffe D » Davis, accusé d’avoir commandité l’assassinat de la légende du rap, débute cette semaine et devrait s’étirer sur quatre semaines. Un rendez-vous judiciaire que beaucoup n’attendaient plus.
Un cold case relancé par un livre
Pendant plus de vingt ans, l’enquête sur la mort de Tupac Shakur n’a menti nulle part. Aucune arrestation, aucun procès, seulement des théories qui circulent entre fans et journalistes. Le tournant survient en 2019, quand Duane Davis publie ses mémoires. Il y décrit sa présence à l’avant du véhicule d’où sont partis les tirs fatals, sans jamais nommer le tireur. Un aveu à demi-mot qui, couplé à d’anciennes interviews données à la presse, finit par le rattraper. Il est arrêté en septembre 2023.
Aujourd’hui âgé de 63 ans, l’ancien chef des South Side Compton Crips risque la perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Face aux enquêteurs, il change de version. Il affirme n’avoir jamais lu son propre livre, prétendument enjolivé par son co-auteur, et jure qu’il se trouvait à Los Angeles au moment des faits. En mars 2025, il déclarait à ABC News, depuis sa cellule, qu’aucune preuve ne permettait de le placer sur les lieux du crime.
Une guerre de gangs derrière la rivalité West Coast-East Coast
L’affaire replonge dans les tensions qui opposaient à l’époque Death Row Records, le label de Suge Knight, et Bad Boy Records, celui de Sean Combs sur la côte Est. Selon l’accusation, chaque maison de disques s’appuyait sur un gang pour sa sécurité : Mob Piru pour l’un, les South Side Compton Crips de Duane Davis pour l’autre. L’origine du conflit remonterait à une bagarre survenue après un combat de boxe de Mike Tyson, où Suge Knight et Tupac auraient agressé le neveu de Davis. Une humiliation que l’accusation présente comme le mobile de la vengeance.
La défense, elle, a tenté sans succès d’écarter le livre et un interrogatoire de 2008 comme éléments de preuve. La première semaine d’audience sera consacrée à la sélection du jury, avant l’ouverture des débats sur le fond.
Une affaire qui ne fait toujours pas consensus
Quelle que soit l’issue du procès, elle ne satisfera probablement pas tout le monde. Le demi-frère de Tupac Shakur a déposé une plainte au civil en mai, dénonçant le fait que d’autres personnes impliquées dans le meurtre n’aient jamais été inquiétées. Cette plainte évoque aussi une mini-série documentaire consacrée à Sean Combs, dans laquelle Duane Davis affirme que le producteur lui aurait proposé un million de dollars pour tuer Tupac Shakur — une accusation qui promet d’alimenter encore les débats pendant l’audience.
L’audience s’annonce longue, et chaque révélation pourrait relancer le débat sur ce qui reste, trente ans après, l’un des mystères les plus tenaces de l’histoire du hip-hop.