Branche armée et diplomatique extérieure du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), la Force Al-Qods est dirigée depuis janvier 2020 par le général de brigade Esmail Qaani. Placé directement sous l’autorité du Guide suprême iranien, il s’appuie sur son adjoint principal, le général Mohammad Reza Fallahzadeh, ainsi que sur un état-major restreint de directeurs régionaux. Ensemble, ils orchestrent les opérations hors frontières de la République islamique, de la coordination logistique du Hezbollah au Liban au soutien tactique des Houthis au Yémen et des milices chiites en Irak et en Syrie. Contrairement au style hautement médiatique de son prédécesseur Qassem Soleimani, le commandement actuel opère dans un anonymat rigoureux, privilégiant la guerre asymétrique, le renseignement et la décentralisation tactique.
Le général Esmail Qaani, l’homme de l’ombre à la tête de la Force Al-Qods

Nommé au lendemain de l’élimination de Qassem Soleimani à Bagdad en janvier 2020, Esmail Qaani incarne une rupture de style radicale, bien qu’il garantisse une stricte continuité stratégique. Vétéran de la guerre Iran-Irak (1980-1988), durant laquelle il a commandé les divisions Nasr-5 et Imam Reza-21, Qaani a forgé son expérience sur le terrain avant d’intégrer les hautes sphères du renseignement militaire.
Pendant plus de deux décennies, il a occupé le poste d’adjoint direct de Soleimani. Une répartition géographique implicite s’était alors installée entre les deux hommes :
- Qassem Soleimani gérait en première ligne le théâtre arabo-méditerranéen (Irak, Syrie, Liban, Palestine).
- Esmail Qaani supervisait l’orientation orientale et asiatique (Afghanistan, Pakistan, Asie centrale), pilotant la création et le déploiement des brigades chiites étrangères Fatemiyoun (afghane) et Zaynabiyoun (pakistanaise).
[Insérer ici un lien vers la fiche : « Portrait comparatif : Qassem Soleimani et Esmail Qaani, deux visions du commandement »]
Contrairement à la posture charismatique et tribune de son prédécesseur, Qaani est un pur produit de la bureaucratie du renseignement et de la logistique clandestine. Les analystes militaires s’accordent à le décrire comme un gestionnaire rigoureux, focalisé sur la pérennité des flux d’approvisionnement et la cohésion institutionnelle de la Force Al-Qods plutôt que sur la mise en scène personnelle.
Organigramme et figures clés : La chaîne de commandement

La Force Al-Qods fonctionne comme une structure hybride, combinant un service de renseignement extérieur, une unité de forces spéciales et un organisme de diplomatie militaire clandestine. Son effectif permanent est estimé entre 10 000 et 15 000 cadres et instructeurs hautement qualifiés.
L’état-major opérationnel
Autour d’Esmail Qaani gravitent des figures stratégiques clés qui assurent le relais avec les théâtres régionaux :
- Général Mohammad Reza Fallahzadeh (dit « Abu Baqer ») : Commandant adjoint de la Force Al-Qods. Ancien chef des forces terrestres du CGRI et commandant du front syrien à Alep, il apporte une expertise directe du combat urbain et des coalitions de milices.
- Général Iraj Masjedi : Ancien ambassadeur d’Iran en Irak et conseiller stratégique de haut rang. Il supervise la coordination politique et sécuritaire avec les milices de la Mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) à Bagdad.
- Les directeurs de bureaux régionaux : L’état-major central est divisé en directions thématiques et géographiques autonomes qui gèrent les liaisons avec chaque composante de l’Axe de la Résistance.
Répartition opérationnelle de la Force Al-Qods
| Direction / Bureau | Zone géographique prioritaire | Groupes affiliés & Objectifs stratégiques |
|---|---|---|
| Bureau Levant / Méditerranée | Liban, Syrie, Palestine | Coordination avec le Hezbollah, livraison de missiles de précision, maintien de la présence en Syrie. |
| Bureau Péninsule Arabique | Yémen, région du Golfe | Conseil technique et transfert de technologies de drones/missiles aux Ansarallah (Houthis). |
| Bureau Irak | Irak | Structuration des Kataeb Hezbollah, Asaïb Ahl al-Haq et maintien de la pression sur les bases alliées. |
| Bureau Asie Centrale / Est | Afghanistan, Pakistan | Gestion des combattants Fatemiyoun et Zaynabiyoun, sécurisation des frontières orientales. |
| Bureau Opérations Spéciales | International (Occident, Afrique) | Renseignement, guerre asymétrique et protection des infrastructures clandestines. |
La doctrine opérationnelle : Comment Téhéran pilote « l’Axe de la Résistance »
Sous le commandement d’Esmail Qaani, la Force Al-Qods a fait évoluer ses modes d’action pour s’adapter à une surveillance satellitaire et électronique accrue. La doctrine repose désormais sur quatre piliers tactiques majeurs :
- La décentralisation des décisions tactiques : Téhéran fixe les grandes lignes stratégiques, mais laisse une autonomie opérationnelle poussée aux commandants locaux du Hezbollah, des Houthis ou des factions irakiennes.
- Le transfert de compétences industrielles : Plutôt que d’expédier uniquement des armes assemblées, la Force Al-Qods envoie des ingénieurs pour former les acteurs locaux à l’assemblage de drones kamikazes et à la modification de missiles balistiques sur place.
- L’intégration inter-groupes : Organisation de centres de commandement conjoints (notamment à Beyrouth et Sanaa) permettant d’harmoniser les tirs et le renseignement tactique entre différentes factions.
- Guerre de l’information et renseignement : Spécialité historique de Qaani, la Force Al-Qods accentue ses opérations cybernétiques et le renseignement humain pour contrer les infiltrations ennemies.
« La pression et les attaques n’ont pas affaibli l’Axe de la Résistance ; elles ont au contraire scellé une unité opérationnelle plus forte que jamais entre tous ses fronts. »
— Esmail Qaani, commandant en chef de la Force Al-Qods.
[Insérer ici un lien vers la fiche : « Comprendre la structure et l’armement de l’Axe de la Résistance »]
Défis stratégiques et renouvellement des cadres face aux frappes ciblées
La Force Al-Qods traverse l’une des périodes les plus complexes de son histoire. La campagne intensive de neutralisations ciblées menée contre ses hauts cadres en Syrie et au Liban — notamment la disparition d’officiers clés du bureau Levant — a contraint l’organisation à réorganiser rapidement sa chaîne de transmission.
- Reconstitution du haut commandement intermédiaire : La disparition d’officiers chevronnés a obligé Esmail Qaani à promouvoir une nouvelle génération de colonels et généraux du CGRI, formés sur le front syrien après 2011.
- Audit interne et contre-renseignement : Face aux vulnérabilités sécuritaires ayant permis la localisation de réunions clandestines, la branche de sécurité interne de la Force Al-Qods a durci ses procédures (interdiction d’équipements électroniques, compartimentage absolu des liaisons).
- Maintien de la cohésion financière : Dans un contexte de sanctions internationales rigoureuses, la Force Al-Qods s’appuie sur des réseaux de sociétés écrans, le commerce informel et les cryptomonnaies pour garantir le financement continu de ses alliés régionaux.
L’adaptation rapide de son organigramme démontre la résilience institutionnelle du Corps des Gardiens de la Révolution. La Force Al-Qods ne repose pas sur un seul individu, mais sur un système d’état-major modulaire capable de remplacer rapidement ses commandants régionaux sans rompre l’exécution de sa doctrine d’influence extérieure.
Alors que les tensions régionales redéfinissent constamment l’équilibre des forces au Moyen-Orient, l’état-major emmené par Esmail Qaani poursuit sa stratégie de harcèlement asymétrique et d’ancrage territorial. L’aptitude de ce commandement discret à maintenir l’efficacité opérationnelle de ses relais armés, tout en naviguant au milieu d’une guerre de renseignement sans précédent, déterminera la capacité de l’Iran à préserver son profondeur stratégique au cours des prochaines années.