En Iran, l’Ayatollah Ali Khamenei a incarné pendant près de quatre décennies l’autorité politique, militaire et religieuse suprême du pays, jusqu’à sa mort le 28 février 2026, tué à 86 ans dans des frappes aériennes israélo-américaines visant sa résidence à Téhéran. Au sommet du système institutionnel de la République islamique, le Guide suprême (Vali-e Faqih) détenait un pouvoir absolu qui surpassait celui du président de la République élu. Il contrôlait les forces armées, validait ou rejetait les candidats aux élections, nommait les plus hauts dignitaires de la justice et fixait la ligne diplomatique et nucléaire du pays. Comprendre le rôle exact qu’a joué Ali Khamenei, c’est décrypter la structure même du pouvoir autoritaire iranien et les rouages d’un régime théocratique unique au monde.
L’origine et la doctrine du pouvoir : la Velayat-e Faqih
Le statut et les prérogatives d’Ali Khamenei reposent sur un concept théologico-politique forgé par l’Ayatollah Rouhollah Khomeini : la Velayat-e Faqih (la « tutelle du juriste musulman »). Inscrite dans la Constitution de 1979 après la révolution islamique, cette doctrine stipule qu’en l’absence du XIIe imam chiite (l’imam caché), le pouvoir politique et religieux doit être confié au théologien le plus juste et le plus compétent.
Ali Khamenei succède à Khomeini en 1989. Bien qu’il n’ait pas bénéficié au départ du même prestige religieux que son prédécesseur, il a progressivement verrouillé l’appareil d’État en s’appuyant sur les institutions sécuritaires et économiques du pays.
Le Guide suprême n’est pas un monarque héréditaire ni un président exécutif classique. Il est désigné par l’Assemblée des experts, un collège de 88 religieux élus au suffrage universel mais préalablement filtrés par le régime. En théorie, cette assemblée peut le révoquer ; en pratique, elle a fonctionné sous Khamenei comme un organe de validation de ses décisions.
Les pouvoirs constitutionnels d’Ali Khamenei

La Constitution de la République islamique d’Iran attribue au Guide suprême le contrôle direct ou indirect de l’ensemble des leviers du pouvoir. Son autorité s’étend sur trois piliers majeurs : le domaine militaire, l’appareil judiciaire et l’orientation stratégique de la nation.
- Chef suprême des armées : Il détient le commandement exclusif des forces armées régulières (Artesh) et surtout du Corps des Gardiens de la révolution islamique (Pasdaran). Il nomme directement les états-majors et les chefs de la police.
- Contrôle de la justice et des médias : Le Guide nomme le chef du pouvoir judiciaire pour un mandat de cinq ans, ainsi que le directeur de la radio-télévision d’État (IRIB), assurant un monopole sur l’information publique.
- Orientation de la politique étrangère : Toutes les décisions stratégiques relatives à la diplomatie, aux alliances régionales et au programme nucléaire sont soumises à son aval. Le ministère des Affaires étrangères ne fait qu’exécuter la ligne fixée par le Guide.
- Droit de veto constitutionnel : Il nomme les six membres religieux du Conseil des gardiens de la constitution (sur un total de douze), l’organe chargé de vérifier la conformité des lois avec l’Islam et de valider les candidatures présidentielles et législatives.
| Institution clé | Mode d’influence d’Ali Khamenei | Rôle principal dans le régime |
|---|---|---|
| Gardiens de la Révolution (Pasdaran) | Nomination directe du commandant en chef | Sécurité intérieure, projection militaire régionale, contrôle économique |
| Conseil des gardiens de la constitution | Nomination de 6 juristes religieux sur 12 | Filtrage des candidats aux élections et validation des lois |
| Conseil de discernement | Nomination de l’ensemble des membres | Arbitrage des conflits entre le Parlement et le Conseil des gardiens |
| Pouvoir Judiciaire | Nomination du chef du pouvoir judiciaire | Application du droit islamique et répression de l’opposition politique |
| IRIB (Média d’État) | Nomination du directeur général | Monopole de la diffusion audiovisuelle et propagande officielle |
Le Guide suprême face au Président : qui dirigeait réellement l’Iran ?
L’une des caractéristiques fondamentales du système politique iranien réside dans sa structure duale, qui oppose l’autorité non élue du Guide suprême au gouvernement élu du président de la République.
Le président iranien gère l’administration quotidienne, prépare le budget et conduit la politique économique. Toutefois, sa marge de manœuvre reste strictement délimitée par les lignes rouges fixées par Khamenei. Tout projet de loi ou accord international d’envergure nécessite la bénédiction du Guide suprême.
« Le président de la République islamique gère l’exécutif, mais il n’est pas le chef de l’État. En Iran, aucune décision stratégique — qu’il s’agisse d’un accord sur le nucléaire ou d’une opération militaire extérieure — ne peut être prise sans le consentement explicite du Guide suprême. »
En cas de désaccord entre le Parlement (Majlis) et le président, ou entre le gouvernement et le Conseil des gardiens, le Guide tranchait en dernier ressort, s’appuyant souvent sur le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, une instance d’arbitrage dont il désignait tous les membres.
L’empire économique et le réseau d’influence sécuritaire
Au-delà de ses prérogatives constitutionnelles, le pouvoir d’Ali Khamenei s’est consolidé grâce à un vaste réseau d’influence économique et militaire qui échappe au contrôle du gouvernement et du Parlement.
- Les fondations religieuses (Bonyads) : Ces conglomérats économiques quasi-publics, exemptés d’impôts et gérés par des proches du Guide, contrôlent des secteurs entiers de l’économie iranienne (agriculture, industrie, immobilier).
- La Setad (EIKO) : Une organisation financière directement sous l’autorité du Guide suprême, gérant des dizaines de milliards de dollars d’actifs confisqués ou investis dans la finance, la santé et l’énergie.
- L’alliance avec les Pasdaran : Khamenei a appuyé la montée en puissance économique des Gardiens de la révolution, leur attribuant des contrats d’infrastructure majeurs en échange de leur loyauté indéfectible face aux contestations populaires.
- Le réseau des représentants personnels : Le Guide dispose de représentants personnels dans chaque province, dans chaque branche des forces armées et au sein de chaque université, lui assurant un œil permanent sur la société.
Un héritage institutionnel au cœur des crises stratégiques
L’exercice du pouvoir par Ali Khamenei a profondément marqué l’histoire contemporaine du Moyen-Orient. Sous sa direction, l’Iran a développé la stratégie de « l’axe de la résistance », appuyant un réseau de groupes alliés en Irak, au Liban, en Syrie et au Yémen pour projeter son influence face à ses rivaux régionaux et occidentaux.
Sur le plan interne, son règne a été caractérisé par le maintien d’une ligne conservatrice stricte et la répression des mouvements de protestation sociale et politique. Les mécanismes institutionnels qu’il a consolidés ont garanti la perpétuation de la théocratie pendant près de quatre décennies, malgré les évolutions au sein de la société iranienne et les tensions géopolitiques majeures qui ont secoué la région.
Sa mort et sa succession
Le 28 février 2026, Ali Khamenei est tué dans une frappe aérienne israélo-américaine visant sa résidence à Téhéran, aux côtés de plusieurs hauts responsables et membres de sa famille. Sa mort est officiellement confirmée par les médias d’État iraniens le 1er mars 2026. Le régime décrète alors 40 jours de deuil national, tandis que des scènes de liesse éclatent dans certaines parties de la diaspora iranienne. Quelques jours plus tard, son fils Mojtaba Khamenei lui succède à la tête de la République islamique.