La nuit s’annonçait plus clémente pour les pompiers mobilisés sur l’incendie des Landes. Elle a pourtant tourné court. Vers 4h30 samedi matin, le feu qui ravage la commune de Luglon depuis jeudi 13 août est reparti de plus belle, portant le bilan à 1 580 hectares brûlés, contre 1 100 hectares la veille. Une centaine d’évacuations supplémentaires a été ordonnée dans la nuit, faisant grimper le total à 650 personnes déplacées.
C’est le préfet des Landes, Gilles Clavreul, qui a annoncé ce nouveau bilan lors d’un point presse samedi matin. Il a toutefois tenu à rassurer sur un point : aucune habitation n’a pour l’instant été touchée par les flammes.
Une reprise nocturne qui surprend les secours
Sur le terrain, la surprise est réelle. « Le feu évoluait plutôt favorablement. Sauf qu’effectivement, il a été réactivé vers 4h30 du matin », a expliqué le colonel Arnaud Fabre, directeur du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) des Landes. En cause, notamment, la configuration du terrain autour de Luglon, bourg situé à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Biscarrosse : « C’est un secteur compliqué en termes d’accès pour nos moyens », a-t-il précisé.
Environ 500 pompiers sont actuellement engagés sur ce sinistre dont l’origine reste, à ce stade, indéterminée. Pour appuyer leur action, le dispositif aérien a été renforcé avec :
– Quatre avions bombardiers d’eau Canadair
– Un hélicoptère Chinook CH-47D, prêté par l’Australie, capable de transporter près du double d’eau qu’un Canadair
Deux routes départementales, la RD 327 et la RD 14, demeurent coupées à la circulation.
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La technique du feu tactique, une arme méconnue des pompiers
Au-delà des chiffres, un détail de la lutte contre l’incendie mérite d’être expliqué : le recours au feu tactique. Peu après minuit, des équipes spécialisées ont volontairement allumé un feu sur une parcelle encore épargnée, dans le but de couper la route aux flammes progressant vers Garein.
Concrètement, des pompiers équipés de combinaisons thermiques, surnommés les « brûleurs », répandent un mélange d’hydrocarbures sur la végétation asséchée, puis l’enflamment à contre-vent. L’objectif : consumer le combustible de façon contrôlée avant que le feu principal n’y arrive, privant ainsi l’incendie de nourriture. Cette technique, maîtrisée par seulement 120 cadres en France, mobilise une expertise pointue sur la météo, la topographie et même l’âge des pins, qui réagissent différemment selon leur maturité.
Un été 2026 déjà hors normes dans le massif landais
Ce sinistre s’inscrit dans une séquence particulièrement lourde pour le massif des Landes de Gascogne. Trois semaines plus tôt à peine, l’incendie de Biscarrosse avait déjà détruit 3 700 hectares fin juillet, dans le même département. Plus au nord, en Gironde, un mégafeu avait ravagé plus de 40 000 hectares sur cette même période.
Cette accumulation illustre la fragilité croissante de ce massif, largement planté de pins maritimes que les vagues de chaleur à répétition assèchent année après année. À l’échelle nationale, 2026 a déjà dépassé le record de surface brûlée jamais enregistré en vingt ans de mesures satellitaires, avec près de 100 000 hectares partis en fumée selon le système européen de surveillance des feux (Effis).
Une météo plus clémente, mais la vigilance reste de mise
Bonne nouvelle relative pour la journée de samedi : les températures devraient être moins caniculaires que les jours précédents, avec de possibles pluies attendues en soirée dans le Sud-Ouest. De quoi, peut-être, offrir enfin un vrai répit aux pompiers landais après ce sursaut nocturne.
La situation reste toutefois qualifiée d’évolutive par les autorités, qui recommandent aux habitants du secteur de suivre les consignes des services de secours et de ne pas regagner leur domicile sans autorisation.