Un rapport confidentiel vient jeter un pavé dans la mare budgétaire. Les primes des fonctionnaires atteignent un montant record de 76,5 milliards d’euros pour l’année 2025, selon les conclusions de l’Inspection générale des finances. À moins de deux mois de l’examen du budget 2027, ce constat relance le débat sur la rémunération des agents publics.
Un système de primes devenu tentaculaire
Le chiffre donne le vertige. Près de deux millions de fonctionnaires touchent aujourd’hui une part de rémunération indemnitaire, à travers pas moins de 543 dispositifs différents recensés par l’IGF.
En dix ans, la mécanique s’est emballée. La part des primes dans les salaires est passée de 12 milliards d’euros en 2015 à 19,1 milliards d’euros en 2025, une progression de plus de 60 %. Ces primes représentent désormais plus d’un quart de la rémunération globale des agents de l’État, contre un cinquième il y a une décennie.
Les écarts entre ministères restent toutefois considérables. À l’Éducation nationale, les primes ne pèsent que 19 % du salaire. Au Quai d’Orsay, cette proportion grimpe à 67 %.
L’indemnité de résidence à l’étranger dans le viseur
Parmi les dispositifs passés au crible, l’indemnité de résidence à l’étranger (IRE) se distingue par son montant. Cette prime, réservée à 6 299 diplomates et agents en poste hors de France, coûte 486 millions d’euros par an à l’État. Il s’agit de la prime la plus généreuse par bénéficiaire parmi celles étudiées, avec une moyenne de 77 000 euros bruts annuels par agent.
Officiellement, cette somme doit compenser le coût de la vie à l’étranger et les contraintes du poste. Mais les inspecteurs de Bercy estiment que le montant dépasse parfois la simple compensation des charges réelles. Ils recommandent une évaluation prime par prime, pays par pays, pour ajuster les montants au plus près des besoins.
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Télétravail, mobilité douce : des forfaits sous surveillance
Deux autres dispositifs sont pointés du doigt. Le forfait télétravail, instauré en 2021 en pleine pandémie, profite à 243 000 agents pour un coût de 30 millions d’euros. L’IGF s’interroge désormais sur sa pertinence, le contexte sanitaire ayant profondément changé depuis sa création.
Le forfait mobilité durable, destiné à encourager les trajets à vélo entre domicile et travail, concerne 231 000 agents pour 63 millions d’euros. Problème : aucune donnée fiable ne permet aujourd’hui de mesurer son efficacité réelle.
Face à ce constat, l’inspection propose de fusionner 185 primes qui concernent chacune moins de 100 agents, et de revoir environ 22 primes dont le montant est inférieur à 100 euros par bénéficiaire. Un dixième des dispositifs actuels date d’ailleurs d’avant 1970.
Les syndicats montent au créneau
Ce rapport tombe à un moment sensible. Les syndicats de la fonction publique réclament de longue date une revalorisation générale du point d’indice, gelé depuis trois ans. Le gouvernement a jusqu’ici refusé cette option, privilégiant les primes ciblées.
La CGT État dénonce ce choix budgétaire. Le syndicat rappelle que 36 milliards d’euros ont pu être mobilisés pour l’effort de défense, tandis qu’une hausse générale des salaires profiterait directement à la consommation des ménages. Cette contestation doit se traduire par une mobilisation le 29 septembre prochain.