Rouler à l’électrique sans payer de taxe sur le carburant, c’était le deal implicite depuis dix ans. Ce deal touche à sa fin. Le Royaume-Uni vient de siffler la fin de la récréation en officialisant une taxe kilométrique voiture électrique dès 2028, et Paris regarde ce dossier de très près.
Le mécanisme est simple à comprendre, moins simple à avaler pour les automobilistes. Chaque kilomètre parcouru en électrique ou en hybride sera facturé, avec une note annuelle comprise entre 250 et 330 euros pour un usage moyen.
Pourquoi l’État a besoin de trouver 30 milliards d’euros
Derrière cette réforme, il y a un trou budgétaire qui grossit chaque année. La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), c’est-à-dire la taxe sur l’essence et le diesel, rapporte aujourd’hui plusieurs dizaines de milliards d’euros par an aux caisses publiques françaises. Un pactole construit sur un siècle de moteurs thermiques.
Sauf que ce pactole s’évapore mécaniquement à mesure que le parc automobile électrifie. Les projections évoquent une perte de 13 milliards d’euros de recettes d’ici 2035, puis jusqu’à 30 milliards par an à l’horizon 2050. Pour donner un ordre de grandeur, cette somme approche le budget annuel d’un grand ministère régalien.
Aucun gouvernement, de droite comme de gauche, ne peut absorber un tel manque à gagner sans réagir. D’où l’idée, déjà creusée par la Cour des comptes, d’un péage kilométrique généralisé qui viendrait remplacer, au moins partiellement, la fiscalité perdue sur les carburants fossiles.
Le modèle britannique, un laboratoire grandeur nature
Londres a tranché la première parmi les grandes économies européennes. À partir de 2028, chaque véhicule électrique et hybride britannique paiera en fonction des kilomètres réellement parcourus, et non plus selon une logique forfaitaire.
| Système actuel (carburant) | Nouveau système (kilométrique) | |
|---|---|---|
| Base de calcul | Litres consommés | Distance parcourue |
| Véhicules concernés | Thermiques principalement | Électriques et hybrides |
| Coût annuel estimé | Variable selon consommation | 250 à 330 € |
| Entrée en vigueur (UK) | Existant | 2028 |
Ce choix britannique n’est pas anodin. Il fixe un précédent réglementaire que d’autres pays européens pourront reprendre, adapter, ou au contraire éviter en tirant les leçons des débuts probablement chaotiques d’un dispositif totalement inédit à cette échelle.
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Ce que cela changerait concrètement pour les automobilistes français
Le calcul économique qui a poussé des millions de Français vers l’électrique reposait largement sur l’absence de taxe carburant. Une taxe kilométrique rebat une partie de cette carte, sans pour autant l’annuler complètement.
Plusieurs points restent à trancher si la France emboîte le pas à Londres :
– Le mode de collecte : compteur embarqué, déclaration annuelle, ou lecture via le contrôle technique.
– La progressivité : un gros rouleur professionnel paiera-t-il proportionnellement plus qu’un usage urbain occasionnel ?
– L’articulation avec les aides déjà existantes, comme le bonus écologique ou la majoration du barème kilométrique fiscal accordée aux véhicules électriques.
Un cadre a été précisé pour 2026 concernant certains ajustements fiscaux liés aux véhicules propres, signe que l’administration avance déjà, prudemment, sur ce terrain. Rien n’indique en revanche une date ferme pour une bascule complète vers le modèle britannique.
Un basculement politique autant que fiscal
Taxer les voitures électriques revient, en creux, à admettre que la transition énergétique ne peut pas rimer indéfiniment avec fiscalité zéro. C’est un message délicat à porter pour un exécutif qui a construit une partie de sa communication sur l’incitation à l’achat électrique.
Le calendrier britannique donne malgré tout une indication précieuse : 2028 n’est plus si loin. Les constructeurs, les flottes d’entreprise et les particuliers gros rouleurs ont donc tout intérêt à surveiller ce dossier de près plutôt que de le découvrir une fois la loi votée.